Pas d’accord à 63 % ! Le résultat du sondage commandé par l’Humanité à l’institut CSA est sans appel. Le projet de faire passer La Poste d’un statut d’établissement public à celui de société anonyme est rejeté par une très large majorité des Français. Les sympathisants de gauche sont même 75 % à s’opposer à ce changement de statut, confortés sans doute par la mobilisation de toutes les forces de gauche au sein du collectif national contre la privatisation de l’établissement postal. À droite, c’est une très courte majorité d’opinion favorable (52 %) que recueille le projet de la direction de La Poste et du gouvernement. Les plus âgés sont les plus opposés à la réforme du statut (71 % des opinions défavorables chez les plus de cinquante ans), mais la majorité n’est favorable au changement dans aucune tranche d’âge. Les cadres et professions libérales, à 69 %, les employés, à 64 %, se montrent plus opposés à la privatisation que les ouvriers, qui n’y sont opposés qu’à 54 %.

Augmentation des prix

L’étude CSA-l’Humanité montre aussi l’attention rare portée à ce projet par l’opinion : 87 % des sondés en ont entendu parler. C’est d’autant plus vrai dans la population âgée (92 % chez les plus de cinquante ans). Mais il faut remarquer que 73 % des moins de trente ans disent être au courant du projet gouvernemental. On comprend donc pourquoi les premiers échos des initiatives de votation citoyenne font état d’une participation exceptionnelle des citoyens, près de 800 votants dimanche sur les marchés de Malakoff dans les Hauts-de-Seine, 260 votes sur le marché de Harfleur en Seine-Maritime, 200 votes en deux heures sur celui de Vence dans les Alpes-Maritimes, par exemple. Les Français se montrent très inquiets des conséquences du changement de statut pour le service public. Ainsi, ils sont 89 % à penser que des bureaux de poste seront fermés dans les endroits les moins peuplés. De ce point de vue, les craintes ne sont pas beaucoup plus fortes en province (89 %) qu’en Île-de-France (87 %). Ceux qui craignent le plus la fermeture des bureaux de poste habitent dans les communes rurales (93 %) ou en banlieue (88 %). Les sondés craignent à 85 % une augmentation du prix du timbre ; 82 % pensent que des emplois seront supprimés.

Perspective de privatisation

Les efforts de Christian Estrosi ou de Christine Lagarde, se répandant sur les ondes pour répéter que le changement de statut ne signifiera pas la privatisation, semblent à ce jour peu payants : 83 % des sondés pensent que La Poste sera privatisée dans quelques années si le projet est adopté. Les sympathisants de droite, eux-mêmes, ne sont que 19 % à être convaincus par leurs ministres. Les plus jeunes sont ceux qui mettent le plus en doute la parole gouvernementale : 87 % des vingt-cinq à vingt-neuf ans pensent que le projet s’inscrit dans la perspective d’une privatisation. Résultats plus balancés, ils sont « seulement » 56 % à craindre que la qualité du service ne se ressente du changement de statut dans les années qui viennent. Et 49 % des Français pensent que La Poste ne continuera pas à assurer ses missions de service public, quand 47 % pensent qu’elle y parviendra. Sur ces deux dernières questions, les majorités s’inversent selon que le sondé exprime ses sympathies à la droite ou à la gauche. Quant à la question de savoir comment ils voteraient à la question posée par la votation citoyenne : « Le gouvernement veut changer le statut de La Poste pour la privatiser, êtes-vous d’accord avec ce projet ? », la réponse des Français ne souffre d’aucune ambiguïté : c’est non à 75 % ! Les salariés du secteur public voteraient non à 88 %. Le résultat du « non » serait le moins bon chez les commerçants et les chefs d’entreprise, mais resterait tout de même majoritaire à 59 %.