"Notre état d’esprit tout d’abord. Je le caractériserai en deux mots : lucidité et détermination. Un état d’esprit lucide bien sûr, car bien imprudent serait celui qui pourrait penser que nous vivons de mauvais jours et qu’il suffirait de faire le dos rond en attendant des jours meilleurs.

La crise que nous vivons est une crise grave, profonde, je pense comme beaucoup l’ont dit, que c’est une crise systémique : une crise aussi grave, sinon plus que celle de 1929, une crise financière mais aussi une crise économique qui est désormais, une crise sociale, dont les premiers effets se font durement sentir.

Je n’insiste pas –vous les connaissez comme moi- sur les perspectives de croissance négative, sur la remontée du chômage, sur la cascade de plans de licenciements annoncés ou en préparation.

Lorsque je parle de croissance, je n’aurais pas la cruauté de rappeler ce matin, les propos de certains responsables dans nos récents débats sur le SDRIF, qui découvrent, tout compte fait, que les 2 % prévus sont forts honorables.

Donc, lucidité. Une lucidité d’autant plus nécessaire que nous savons que l’Ile de France a une caractéristique propre : elle a tendance à « surréagir à la conjoncture, en bien comme en mal. Et nous en savons les raisons. L’Ile de France est très impliquée dans le processus de financiarisation de l’économie : elle a été, ces 20 dernières années, durement éprouvée par la désindustrialisation et le recul des emplois publics.

Face à cette crise, nous voulons être combatifs et réactifs. Bien entendu, la région, avec ses moyens, ses compétences, ne peut pas à elle seule, prétendre « sauver la planète ». Mais elle n’entend pas baisser les bras, sans exonérer l’Etat et les autres acteurs de leurs responsabilités.

Nous voulons prendre des mesures pour être le mieux possible à la hauteur de la situation, nous voulons être au rendez-vous, et ne pas agir seuls, nous souhaitons contribuer à une sorte de mobilisation générale, où tout le monde apporte sa pierre à l’édifice.

Nous avons pris l’initiative, avec Marie-Pierre de la Gontrie, 1ère Vice-Présidente de la région, de réunir, il y a quelques jours, les principaux acteurs financiers, économiques et sociaux de l’Ile de France. Une deuxième réunion est prévue le 26 novembre. Et, j’ai réuni, vendredi dernier, des chefs d’entreprises de PME et des représentants des institutions financières et bancaires.

Ces premières réunions ont permis de dégager des diagnostics sur cette crise. Nous avons pu notamment identifier des secteurs particulièrement exposés : l’immobilier, le bâtiment, l’automobile, la restauration, l’intérim. Le réseau des PME-PMI, les équipementiers sont particulièrement touchés.

Lors du MIDEST, de nombreux dirigeants de PME, m’ont fait part de leur profonde inquiétude, de leur angoisse même, de ne pas passer les deux prochains mois. Et cela, malgré les mesures prises pour faciliter les prêts aux PME.

De nombreux articles de presse disent, aujourd’hui, que, trop souvent, les banques ne jouent pas le jeu, ce qui pose de graves problèmes, lorsque l’on sait qu’elles ont reçu des dizaines de milliards d’euros d’argent public, sans aucune contre-partie… qui ne sauraient être utilisés par elles que pour reconstituer leurs marges. J’avais cru comprendre que le Président Sarkozy avait dit qu’il faillait en finir avec la dictature des marchés financiers, qui joue contre l’économie réelle.

Toutes ces réunions nous sont utiles, car en étroite liaison avec le débat budgétaire, nous travaillons à un véritable plan anti-crise au niveau régional.

Un plan anti-crise, que je ne vais pas dévoiler ce matin, puisse qu’il est en cours d’élaboration et qu’il sera largement à l’ordre du jour de la Conférence pour l’Emploi, qui aura lieu le 8 décembre prochain, à la Grande Bibliothèque, en présence de Jean-Paul Huchon.

Ce plan anti-crise aura, bien entendu, une forte dimension emploi et développement économique et j’ajoute, une dimension formation, car je suis très attentif à la situation des salariés menacés de licenciements, et ceux trop nombreux, sans emploi, qui n’ont pas à faire les frais d’une crise dont ils ne sont pas responsables.

Sans attendre, nous avons décidé un certain nombre de mesures urgentes, et lors des séances du conseil régional du 20 novembre et de la commission permanente du 27 novembre, seront discutées des propositions qui constituent un premier train de mesures.

Je vais vous les présenter très rapidement, sachant que vous avez un dossier de presse, qui comprend des précisions sur chacune des ces mesures, et que vous pourrez, bien sûr, poser toutes les questions que vous voulez, pour compléter cette présentation un peu sommaire.

Ces mesures ont un tronc commun : elles visent à faire en sorte que l’argent aille davantage à des financements utiles pour l’emploi, pour la production, pour la recherche ou l’innovation, et pas pour la spéculation ou la financiarisation de l’économie.

Au Conseil Régional du 20 novembre :

Marie-Pierre de la Gontrie présentera les orientations budgétaires, des orientations naturellement très fortement empreintes de la situation nouvelle que nous affrontons et de cet état d’esprit offensif, au service de la région Ile de France et de ses habitants, je vous y renvoie.

Pour ma part :

1- Je présenterai un rapport sur le parcours régional de la création d’entreprise. C’est un rapport très important à mes yeux, car nous voulons développer la création d’entreprise comme réponse structurelle à la crise.

Le nombre de création d’entreprises en Ile de France, depuis le début de l’année s’est élevé à 59 271. Il s’est accru de 6,7 % par rapport à la même période en 2007, soit une progression supérieure à celle de la Province.

Cette résistance de la création d’entreprises en Ile de France constitue une note positive que nous voulons absolument conforter, en soutenant, notamment, la création et le développement d’entreprise à fort potentiel de création d’emplois, par une série de mesures qui sont détaillées dans notre dossier et par une mobilisation accrue des partenaires privés.

2- Je présenterai également un rapport qui donne naissance, à ce que j’appelle « une nouvelle génération d’emplois tremplin ».

Ce rapport s’appuie sur une évaluation qui a été faite de notre dispositif régional, et qui en tire un bilan très positif, à la fois pour les bénéficiaires, et pour les associations.

Et en même temps, il tient compte des difficultés actuelles sur l’emploi. Le gouvernement a renoué avec les emplois aidés. Il envisage d’en créer 100.000, soit autant qu’il en a supprimé. Nous, nous tenons à l’originalité de notre dispositif et nous voulons encore l’optimiser. D’où cette nouvelle génération d’emplois tremplin, qui amplifie sensiblement le rythme enregistré jusque là.

Avec les 270 emplois tremplin qui sont présentés à la commission permanente de novembre, nous en serons fin 2008 à près de 2400, et nous avons l’objectif d’en financer plus de 5000 à la fin de mandature.

D’où aussi la création de nouvelles familles d’emplois-tremplin, allant au-delà du soutien au milieu associatif, comme réponse à des projets de développement.

- Des emplois-tremplin « insertion » avec un soutien renforcé aux structures d’accompagnement à l’emploi, comme les Missions Locales, les PLIE et aux structures d’insertion, avec une aide directe aux postes. Quand cela va mal, nous voulons donner des signes à toutes ces structures qui jouent un rôle si précieux.

- Des emplois-tremplin « créateurs d’entreprises » dans les quartiers Politique de la Ville

3- Enfin, je présenterai le rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur l’ARD, qui porte sur la période 2002/2006.

Comme vous le savez, l’ARD est parfois l’objet de grands débats, voire de propos polémiques.

Le rapport de la Chambre Régionale des Comptes présente un bilan incontestablement positif de l’ARD, puisqu’il met en avant la qualité de sa gestion financière et son efficacité. Cette efficacité est reconnue dans toutes études récentes sur l’attractivité. Par exemple, dans l’étude d’Ernst & Young, l’Ile de France est désormais en seconde position comme destination des investisseurs étrangers en Europe, derrière Londres. Là encore, nous voulons conforter cette amélioration réelle de l’attractivité francilienne, en mettant en œuvre un plan d’action d’attractivité, plan qui est le fruit d’un travail très partenarial, et dont la conduite a été menée par l’ARD, et ce plan qui sera également remis solennellement lors de la Conférence pour l’Emploi du 8 décembre.

A la commission permanente du 27 novembre :

Nous aurons également 3 rapports importants que je me permets de souligner :

1- Nous allons dès cette fin 2008, renforcer nos dispositifs de soutien aux PME.

- En attribuant une enveloppe supplémentaire de près de 2,3 millions d’euros au fonds de garantie Région-OSEO, qui permettera près de 130 millions d’euros de crédits bancaires supplémentaires.

- En renforçant Ile de France Capitale de 2 millions d’euros et en les orientant vers le soutien aux PME fragilisées.

- En renforçant notre gamme régionale de financement, avec le soutien au réseau de Business Angels, aux associations de prêts d’honneur…..

- Et je souhaite présenter, une disposition pour raccourcir nos délais de paiement régionaux.

Je compte sur ce point de la consolidation du Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation (FREF) en discuter, notamment le 26 novembre, avec les syndicats, afin d’envisager l’intervention des salariés dans le système bancaire, pour que l’argent aille bien à l’emploi, à la formation, aux PME, au développement de notre territoire.

2- Nous allons voter une deuxième tranche des bénéficiaires de PM’up, les portant à 172 pour 2008.

Ce nouveau dispositif vise à soutenir les projets de développement des PME/PMI à fort potentiel. C’est un dispositif très innovant qui marche bien et qui est bien reçu par les PME et les Chambres Consulaires.

3- Lors de cette commission permanente, nous examinerons les trois premiers pactes pour l’emploi, la formation professionnelle et le développement économique. Ces pactes ont à mes yeux une grande importance dans le contexte actuel.

Après avoir dégagé une vision régionale (SRDE, Schéma des Formations, SDRIF), nous sommes, aujourd’hui, en mesure de territorialiser notre action, et de coordonner l’ensemble des interventions publiques sur un même territoire.

Ces trois premiers pactes sont ceux de Plaine Commune, du Pôle d’Orly et des Lacs de l’Essonne (Grigny et Viry). Vous voyez qu’il s’agit de territoires durement touchés par les inégalités sociales. Nous avons beaucoup travaillé pour que ces premiers pactes soient exemplaires, et qu’ils aient l’appui du maximum de partenaires, et notamment des Conseils Généraux concernés.

Nous allons poursuivre cette dynamique, d’autres pactes sont en cours d’élaboration, une quinzaine devrait voir le jour en 2009.

Voilà pour les initiatives régionales. Nous allons répondre à vos questions et vos demandes de précisions. Je termine en disant que nous ne souhaitons pas être seuls au rendez-vous, et que nous comptons beaucoup sur l’implication au niveau nécessaire, des autres acteurs, en particulier l’Etat, le service public de l’emploi.

Vous l’avez compris, au-delà des déclarations d’intention générale dont nous sommes abreuvés, nous attendons des actes.

Nous souhaitons ainsi que l’Etat réponde présent, qu’il s’engage avec nous, sur un certain nombre de mesures et qu’il mette en place un véritable contrôle des fonds publics.

Le Conseil Régional, vous en conviendrez, entend bien, face à cette situation de crise financière, économique et sociale, prendre pleinement sa place."