Claude Pasquier

"Claude Pasquier vient de nous quitter. Il avait 82 ans.

Je présente toutes mes plus sincères condoléances à son épouse Mireille, à sa fille Florence et à tous ses proches.

Nous avions beau savoir que tôt ou tard cela adviendrait, qu'il se battait depuis longtemps déjà contre la maladie, c'est un véritable choc pour les Nangissiennes et les Nangissiens. Notre ville perd le principal artisan de sa transformation, sa modernité, son humanité. Claude s'était installé en 1969 dans notre ville. Il était, en quelque sorte, un immigré, venu des Ardennes où il était né le 2 avril 1931 à Charleville-Mézières. Il était fils et petit fils de menuisier. Il avait étudié au lycée, à Reims,puis à l'école normale d'instituteurs à Chalons sur Marne, Chalons en Champagne aujourd'hui.

En 1954, il a été nommé instituteur en Seine et Marne, à Villuis, où il exercera également les fonctions de secrétaire de mairie. Puis il est envoyé en Algérie en 1956.en qualité de rappelé. Déjà militant communiste, il s'était dressé en faveur de la paix, pour l'ouverture de négociations. Cela lui coûtera cher. Comme il l'a écrit plus tard: « Cela m'a valu, à l'armée, d'être classé comme « pacifiste dangereux » et d'être mis à l'index. En Algérie cela me vaudra la répression et la mutation dans un régiment de parachutistes où j'apprends le saut mais aussi l'atroce réalité de la guerre dans les Aurès ». Il en reviendra militant pacifiste déterminé. En 1971, après plusieurs années au collège de Bray sur Seine, il est nommé au collège de Nangis. Il y enseignera jusqu'à sa retraite en 1986.

En 1977, il conduit une liste de large rassemblement à gauche aux élections municipales de Nangis. Il défendait une tout autre vision politique que celle installée ici fortement depuis 1958 avec l'arrivée d'Alain Peyrefitte.

A cette époque il écrivait : « Etre maire ou conseiller ce n'est nullement être neutre politiquement. Le faire croire, c'est tromper les électeurs. Les « apolitiques » sont ceux qui se satisfont très bien de la politique actuelle, la plus anti-ouvrière qui soit, celle menée par Giscard-Barre au niveau national ». Il caractérisait sa liste ainsi : « Aucun d'entre nous ne peut être soupçonné d'avoir un intérêt personnel ou « local ». Notre liste seule offre cette garantie » et portait haut son engagement : « ça a été un honneur pour moi d'être le candidat des pauvres contre celui des riches : M. Peyrefitte ».

En 1977, sa liste est donc élue et il devient maire de Nangis. Le premier maire de gauche, le premier maire communiste. Il sera réélu 4 fois.

En 25 ans, à la tête de cinq équipes municipales représentant à chaque fois la gauche rassemblée, il aura su faire de Nangis une petite ville dynamique, offrant un nombre exceptionnel de services et d'équipements à ses habitants, tout en lui conservant son charme villageois.

Dans le premier bulletin municipal de Nangis, en 1977, sont relatées les deux premières réalisations : acheter un camion pour les services de la ville qui en étaient dépourvus et permettre à tous les élèves de CM2 de partir en classe de neige alors qu'auparavant seul 1 sur 4 le pouvait.

Deux symboles : ceux de la justice sociale et du développement.

Sous son impulsion se sont construits : l'école du Château, le restaurant municipal, la RPA, les services techniques, le lycée, la halle des sports, la Bergerie, les salles sportives, la médiathèque, les ZAC du Moulin St Antoine, du Buisson, des Roches...J'en oublie. Ont été aménagés ou réhabilités la Maison de retraite, la Mare aux Curées, la crèche, l'église et son parvis, le château, le pigeonnier le centre Aragon qui accueille l'école de musique, la rue du Général Leclerc... Il aura également contribué à ce que notre ville et les villages voisins bénéficient d'une eau à la qualité irréprochable ainsi que d'une station d'épuration « haut de gamme ». Claude aura été ce que l'on appelle un maire bâtisseur. Il aura développé de très nombreux services à la population :

pour les enfants et les jeunes, les centres de loisirs puis les centres de vacances avec l'association Vacances Jeunes, la crèche familiale, le service municipal de la jeunesse,

pour les seniors, la Résidence pour personnes âgées, le service d'aide à domicile,

pour tous,

le restaurant municipal,

-le service des sports avec de très nombreuses installations,

-le service culturel avec lequel il fera venir à Nangis de très nombreux artistes, il coorganisera pendant 15 ans éditions la semaine départementale du livre de jeunesse et construira una salle de théâtre et de cinéma « La Bergerie ».

-le service social et le service logement pour qu'à Nangis, il n'y ait pas d'oubliés, de laissez pour compte.

Car développer la démocratie locale, assurer la solidarité et la justice sociale l'auront toujours animé. Sa conception de la mixité sociale aura permis un développement harmonieux de notre ville. Nous ne mesurons pas encore pleinement tout ce que nous lui devons. C'était aussi un défenseur de la paix dans le monde, un artisan de la solidarité internationale. Pour lui être nangissien c'était également être citoyen du monde. Sous son influence et avec l'aide d'amis et de camarades, Nangis avait noué des relations avec de nombreuses villes de par le monde : Martorell en Espagne, Seelow en Allemagne, Sverdlosk en Russie, mais également au Mexique ou en Pologne. Il aurait été particulièrement heureux d'apprendre que Nangis recevra demain une délégation d'ingénieurs et techniciens vietnamiens qui viendront visiter la station d'épuration.

C'était aussi un militant anti raciste qui aura beaucoup œuvré pour le rapprochement des peuples et agi contre toutes les formes de discriminions dont la plus abjecte : l'apartheid.

C'est ainsi qu'en 1988, Claude Pasquier avait invité la représentante en France de l'African National Congres, à venir inaugurer, ici même, une exposition contre l'apartheid – Nelson Mandela était encore emprisonné. Elle sera lâchement assassinée quelques mois plus tard à son domicile parisien par les services secrets sud africains. C'est pour cette raison que notre salle des fêtes porte le nom de Dulcie September. Pour ne jamais oublier jusqu'où peuvent conduire le racisme et la xénophobie.

Nous n'oublierons pas non plus notre maire honoraire. Et c'est pourquoi je proposerai à la prochaine séance du conseil municipal d'attribuer à notre médiathèque, pour son 20e anniversaire, le nom de Claude Pasquier. Ce splendide équipement aura sans doute été sa plus belle réussite, réunissant toutes les générations autour de la culture, du savoir et du plaisir. Aujourd'hui pour honorer sa mémoire, il nous faudra nous montrer dignes de lui et nous attacher à poursuivre son œuvre, tous ensemble, dans la concertation, avec intelligence et sensibilité. Ainsi Claude Pasquier restera toujours à nos côtés."